Rufin est un auteur dont j'ai souvent feuilleté les livres, sans jamais vraiment m'y plonger. Les vacances en ont été l'occasion. Une de mes belle-soeurs m'a prêté "le collier rouge" et "check-point". Deux livres lus d'une traite, c'est indéniable Rufin est un vrai écrivain !

J'ai aimé le fait qu'il nous tienne en haleine du début à la fin. En effet jusqu'au bout, il y a de multiples rebondissements et imprévus.

"Le collier rouge" est un roman assez court dont l'intrigue se déroule dans un petit village du Centre de la France au lendemain de la Première Guerre Mondiale : on y parle de la guerre bien sûr, mais aussi d'amitié, de fidélité, d'amour, de fraternité, ... Un juge, un prisonnier, quelques personnages autour. Finalement, tout se joue autour d'un personnage assez inattendu : un chien. Je n'en dirai pas plus, pour garder le suspense...!

"Lantier n'avait pas décelé jusque là l'origine de la méfiance mêlée de fascination que le prisonnier lui inspirait. Voilà que, tout à coup, il comprenait : c'était ce mélange de réserve et de mégalomanie, sa feinte modestie et sa conviction profonde d'être plus malin que les autres. Morlac était un nain que dévorait des ambitions de géant. On ne savait s'il fallait le plaindre de tenir enfermés de si grands idéaux dans sa personne ou rire de sa prétention à embrasser de tels desseins."

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"Check-point" est plus contemporain : nous sommes plongés dans un convoi humanitaire  en 1995, en plein conflit entre les Serbes, les Croates, les Bosniaques. Le thème traité est vraiment intéressant et a suscité beaucoup de questionnements et d'interrogations en moi : peut-on rester neutre dans un conflit armé ? La ou les réponses que Rufin apportent ne sont pas forcément celles que j'aurais données, mais je trouve qu'il a le mérite de coller au plus prés de la réalité et de ne pas tomber dans le larmoyant. Au fur et à mesure du récit, nous découvrons les véritables motivations des cinq participants de ce convoi humanitaire et la psychologie des personnages se dévoile et évolue au gré des évènements inattendus.

"Elle aussi, si on lui avait demandé ce qu'elle ressentait à cet instant, elle aurait dit : "Rien." Car la peur l'avait quittée. Elle l'avait éprouvée pendant ces derniers jours et voilà, que maintenant, elle la cherchait et n'en trouvait plus aucune trace en elle. Son esprit et son corps étaient calmes. Son coeur ne battait pas plus vite, elle n'avait pas les mains moites, ne ressentait aucune impatience, aucune tension. Tout au plus avait-elle l'impression que les couleurs étaient plus vives, même le kaki des blindages ou le noir brillant des armes bien graissées. Et les sons semblaient venir de plus loin, comme ces pépiements d'oiseaux qui lui parvenaient d'un orme un peu déplumé qui se dressait à une centaine de mètres, en bordure de la route. Elle s'éprouvait elle-même en se disant : je suis en train de faire passer des explosifs dans une zone de guerre. Mais cette idée était loin d'éveiller en elle une quelconque panique. Evidemment, ce n'était pas de véritables explosifs, et le risque était somme toute limité. Tout de même, c'était un pas hors de la bonne conscience humanitaire, un acte qui s'apparentait à un début de résistance. Et elle en était fière."

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Bref, une belle découverte ! Cela change de ce que j'ai l'habitude de lire. C'est un auteur qui pousse à la reflexion. Cependant, je n'adhère pas complètement à son état d'esprit. Ce qui ressort de ces deux livres à mon sens, c'est un sorte de relativisme : "Tout se vaut." ou  "Tout peut se justifier". En tout cas, c'est ce qui me reste comme impression d'ensemble, et c'est la réserve que j'émettrais.

Y a t-il des lecteurs/lectrices de Rufin parmi vous , je serais ravie d'avoir vos impressions ?!!

Pour la suite, je suis très tentée par "Le grand Coeur" et l'Abyssin."

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Bonne lecture et bon mercredi !